Sébastien Tixier, du rêve au reportage

By: Arnaud I. | Date 05.05.2017
Représenté par le 247, Sébastien Tixier est l’un de ces photographes prolixes, abordant le médium photographique sans a priori esthétique, pour explorer le large éventail de ses possibilités, du photo-reportage à l’image plasticienne.
Sébastien Tixier, Que reste t-il de nos rêves ?
Allanngorpoq, univers monochrome et jeux de contraste

C’est un fait : on associe aujourd’hui de manière quasi systématique la photographie de Sébastien Tixier à la série Allanngorpopq, présentée au 247 en 2016 et publié la même année. Il faut dire que les images de la série fascinent par la blancheur pastel de ses teintes et le léger mais persistant brouillard qui les figent (dans le cliché d’un Groenland que l’on fantasme sauvage, vierge et préservé). L’apparente douceur des images, et la sérénité placide qu’on leur prête, est pourtant troublée dès lors que l’on s’attache à les découvrir en profondeur : si le contraste n’est pas chromatique (et par ce jeu même se rapproche des images d’Alexander Gronsky ou Elena Shumilova au Grand Nord) il est ici plus subtil puisque venant s’attacher à des détails d’ordre sociologique et anthropologique.

Territoires en mouvements

Image emblématique de la série et de son rapport aux mutations du territoire dont Sébastien Tixier a progressivement fait son sujet de prédilection : ce chasseur inuit que l’on découvre conforme à nos clichés occidentaux, vêtu de peau de bêtes et cerné par la banquise, avant de s’apercevoir de quelques « parasitages » de nos attentes : celui-ci fume une cigarette, et coiffé d’une casquette américaine et a sur lui son portable (pour dira-t-il photographier ses prises). Ces micro-indices viennent alors déconstruire nos images mentales, arrachant de plain pied le Groenland à ses représentations communes tout en se faisant le miroir des mutations sociétales d’un territoire en voie d’occidentalisation, confronté à l’enjeu du métissage culturel et de la mondialisation. L’occidentalisation progressive des moeurs, l’apparition de lieux de fête pour les jeunes, la naissance de la notion de propriété ; autant de métamorphoses surgies en quelques décennies qui viennent à l’encontre du Groenland rêvé de son enfance. Sans visée axiologique aucune, Sébastien Tixier pose son appareil - un argentique grand format - en témoin de changements majeurs venant affecter populations et espaces. C’est d’ailleurs au plus prêt des populations qu’il se plaît à travailler : deux ans de préparation et de prises de contact avec des locaux ainsi que l’apprentissage des rudiments de l’inuit lui ont permis de s’immerger deux mois et demi durant dans la vie quotidienne des communautés qu’il a photographié. C’est le même processus qui est à l’oeuvre lorsqu’il photographie paysages et rencontres jalonnant les 9288 kilomètres du Transsibérien : anecdotes, confidences, clins d’oeil et scènes de vie alternent avec les vastes steppes que le paysage déroule, et viennent incarner un territoire, le parer d’un visage.

Hashima-Gunkajima, éclair sans flash

Aux antipodes d’un projet au long cours, le séjour éclair sur l’île abandonnée de Gunkajima, au large de Nagasaki porte pourtant bien le credo photographique de Sébastien Tixier. L’île cuirassée, longtemps propriété de la firme Mutsubichi, fut une ville minière surpeuplée à l’architecture galopante avant d’être fermée et désertée dans les années 1970. Aujourd’hui, seuls quelques rares pêcheurs y tendent encore leurs lignes, quand ce n’est pas l’agent 007 qui apparaît dans le dernier Skyfall. Sous ces prises de vue où l’architecture en ruine livre ses lignes au travers d’une végétation qui reprend ses droits se lit de nouvelles mutations territoriales et l’absurdité de son dénouement : les traces multiples d’un abandon de plusieurs milliers de personnes en l’espace de quelques jours, après avoir passé pour certains plus de quarante ans sur cette île inhospitalière. L’apparent calme des images et leur silence prolongé ne dit rien d’autre que l’arrachement et le déracinement et en appelle à l’imagination : où sont passés ces gens ? Qu’ont-ils pu reconstruire ?

« Latences » ou l’instant indécis

C’est cet appel à l’imaginaire que l’on retrouve dans la série « Latences » qui réinvestit le temps long en s’échelonnant sur plus de cinq années de prises de vue. Née d’images éparses collectées au gré du temps et prenant à mesure consistance ensemble jusqu’à former une série, « Latences » se compose d’une collection d’endroits liés à l’enfance de Sébastien Tixier. Qu’il y ait vécu ou qu’il les ai fantasmés, ces lieux racontent un rapport intime à l’espace : bribes de souvenir, reliquats d’ambiance et autres madeleines. Revenu sur ses pas, Sébastien Tixier braque son objectif sur le vide événementiel de ces espaces et, loin d’un instant décisif à la Cartier-Bresson, attend pour déclencher le moment où précisément il ne se passe rien, vidant les lieux de tous parasitages, pour y déployer une poésie personnelle de la réminiscence.

Photographier les rêves
C’est que ce rapport à l’intime, s’il pouvait sembler évacué par la prétendue objectivité du photo-reportage, est l’un des fils rouges de l’écriture de Sébastien Tixier. Concevant ses reportages et projets de territoire comme un mouvement de sortie de son propre regard, à même de donner à voir le monde tel qu’il est (avec toutes les réserves que l’on attache au réalisme photographique), le photographe cultive une production d’images davantage plasticiennes, avec en commun une dynamique d’introspection. C’est le cas de la série « Petits Clous » qui met en scène des vanités contemporaines, non dénuées d’autodérision, où l’image donne à voir des abstractions, par jeu de référence à la tradition picturale. C’est également le cas d’ « Que reste-t-il de nos rêves ? », fable photographique sur le désir et le rêve, qui placent des personnages multiples dans des situations identiques ou de « Histoires de vies ordinaires » et son univers vaporeux, à mi-chemin entre Magritte et Gondry.

C’est ce balancier entre un épuisement du photographique comme mode d’accès direct au réel, sans cesse poussé dans les cordes, et une exploration de ses potentielles voies détournées comme appréhension du sujet qui est à la base même de l’écriture de Sébastien Tixier. Qu’il se tourne vers la vidéo ou la photographie, l’exposition ou l’objet livre, le photographe entend repousser les limites de l’image par une expérimentation constante ou, comme il le dit, pour « se faire violence dans son propre respect de l’image ». Il s’agit sommes toutes pour Sébastien Tixier de rompre avec les clichés et les évidences, sous un régime empruntant à la fois la figure de style et à l’élégance cotonneuse, qu’elle soit de glace, de neige ou de rêves.

Le site de Sébastien Tixier



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