Expo : PAUL KLEE « L’IRONIE À L’ŒUVRE »

By: Nathalie Troquereau | Date 01.05.2016
Le centre Pompidou revient sur les quelques cinquante années de peintures de l’Allemand Paul Klee, marquées par l’humour et le renouvellement permanent. On peut aborder son œuvre par mille angles, ce que permet l’exposition fleuve de Beaubourg.
© Berne, Zentrum Paul Klee © domaine public
Critique

Paul Klee serait une incarnation parfaite de ce que l’on nomme l’esprit critique. De cette fonction, il retire un penchant profond pour l’ironie et la satire. Par exemple, lorsqu’il prend des cours de nus académiques pour palier ses lacunes en dessin anatomique, les représentations moralistes ou fantasmées des corps l’incitent à tourner cet enseignement en dérision. Inspirés aussi des nus érotiques de Rodin, il produit une série de nus caricaturaux, drôles et grinçants. Les vierges ont l’air lascif, défiant toute la morale sexuelle véhiculée dans les représentations classiques. « Nu se libérant d’un ver solitaire » donne définitivement le ton railleur de Klee vis-à-vis de l’Académie, distance qu’il observera avec toute sorte d’école ou de courant. Il déclarera même : « Je sers la beauté en dessinant ses ennemis ». Le goût de la satire et une telle indépendance d’esprit poussent l’artiste à vouer une admiration sans pareille à Voltaire. Il illustrera d’ailleurs une édition de Candide ou le meilleur des mondes, dont on peut observer quelques planches exposées. C’est un griffonnage malicieux, un trait noir et fin qui permet le mariage inédit de l’indistinction et de la détermination.

Variations

Partout ailleurs, la couleur explose. Les formats changent sans cesse, les techniques aussi, tout comme les supports. Klee fuit l’habitude et la monotonie, ennemies absolues de la création. Il y a pourtant des séquences, des points de convergences et une recherche qui sous-tendent l’œuvre. Dans toutes ses représentations, une forme de bizarrerie fait que rien n’est semblable et pourtant, tout parle avec force. L’homme peut être un animal, une plante, un instrument, le paysage devient partition, un schéma, un jeu… C’est aussi cette transversalité de la peinture qui rend son travail si complexe et intéressant. Les titres des œuvres apparaissent quant à eux comme des propositions à part entière. Ils surviennent parfois de manière indépendante, telles des suggestions d’idées sur des motifs abstraits et libres. Et même lorsqu’ils sont illustratifs, ils manient l’oxymore ou autre décalage. Avec le soleil noir en rotation et la flèche, Klee appose une description objective d’une représentation totalement subjective. Son humour et son art du décalage plurent, sans surprise, au chef des surréalistes André Breton. Pour la première exposition du groupe à Paris en 1925, Paul Klee est sollicité. On peut observer ici une des toiles présentées à l’époque, L’Autre chambre hantée, rebaptisée par Breton Chambre Spirite.

Klee régénéré

Enseignant du Bahaus, proche des surréalistes, voisin du cubisme, conceptuel, Klee endosse toutes les étiquettes pour mieux les rejeter et se frayer un parcours unique. Marcel Duchamp a déclaré à son sujet : « Il avait tellement à dire qu’un Klee ne ressemble jamais à un autre. » Vrai. Et malgré la maladie qui ronge ses os à la fin de sa vie, l’artiste continuera de peindre sans jamais se répéter. Nous sommes autour de 1930 en Allemagne et la rage contre la montée du nazisme guide son pinceau, toujours aussi acéré. Alors qu’il s’exile en 1933 à Berne, sa ville natale, Klee dessine la peur, la mort, l’absurdité. Cette fois-ci, les titres se font plus univoques. Masque peur, Rayé de la liste, Angelus militant, Danses sous l’empire de la peur, ses toiles disent l’angoisse croissante qui s’empare du pays et de son inspiration. Retiré des musées allemands, et présenté comme peintre d’Art dégénéré par les nazis, Klee meurt en 1940. Il laisse derrière lui, malgré les destructions commises par le régime, une œuvre colossale.

L’exposition « Paul Klee, l’ironie à l’oeuvre » est à découvrir au Centre Pompidou jusqu’au 1er août.


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