Expo : Monumenta 2016

By: Octave Marsay | Date 23.05.2016
Carrefour éphémère de la création autant que symbole du rayonnement culturel français, le Grand Palais accueille jusqu’au 18 juin Empires,  l’œuvre monumentale de l’artiste franco-chinois Huang Yong Ping.
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Y mobilisant containers, serpent d’aluminium et bicorne napoléonien démesuré, celui que beaucoup qualifient de Duchamp chinois s’est attelé à cette problématique que sont les empires.

Économiques, politiques, militaires, ceux-ci se succèdent, s’entredévorent ou se nourrissent et façonnent les territoires sur lesquels ils s’installent. De celui qui représenta en 1999 son pays d’accueil à la Biennale de Venise, nous gardons en mémoire cette pieuvre inquiétante du musée océanographique de Monaco, ou encore ce vivarium installé au carreau du temple pour la nuit blanche de 2013. Pilier, pour ne pas dire fondateur, de l’art contemporain chinois, Huang Yong Ping est de ceux qui se placent dans la droite lignée du dadaïsme. Refusant selon ses propres termes de donner du sens tant aux questions qu’aux réponses, l’artiste se veut au contraire décalé, détaché de tout impératif didactique.

Et pourtant, c’est bien autour d’un propos très marqué, d’une mise en perspective historique et économique, que se déploie cette nouvelle édition de Monumenta, curatée par Jean de Loisy. La facilité de la réflexion qui la sous-tend apparaît comme bien peu cohérente avec sa réussite formelle et cet héritage dadaïste pourtant revendiqué depuis ses débuts par l’artiste. Les exigences de Monumenta en termes d’affluence et de grand public lui auront sans doute imposé une contrainte de taille, au risque de trahir le cœur de sa recherche esthétique.

Un mur de containers de près de 18 mètres de haut accueille le visiteur. En provenance du monde entier, les 350 cubes d’acier que contient Empires forment des ilots entre lesquels nous sommes amenés à déambuler. Passif, dominé par la hauteur et n’ayant pas accès à l’intérieur de ces boites symboles de la mondialisation, le regardeur prend conscience du premier Empire dont il est ici question. D’apparence consensuelle tant les containers mis en place témoignent d’une diversité de pays, le règne d’un modèle économique basé sur l’échange de marchandises constitue le premier protagoniste de l’histoire proposée par Huang Yong Ping.

Le serpent d’aluminium tant attendu se révèle ensuite à nos yeux. 316 vertèbres, 560 côtes, 254 mètres de long, tout semble orchestré pour convaincre – si cela n’est pas encore le cas – de la monumentalité de la chose. Symbole de la Chine, à la fois ancien et nouvel empire, autant que de la révolution industrielle par les matériaux que sa construction a nécessité, ce serpent aux allures de montagnes russes se meut librement, perché au-dessus de nos têtes entre les cargaisons navales. Un point reste cependant sujet à question. Sans peau ni protection, l’animal bien que d’apparence effrayante est sujet à faiblesse. Est-ce là le synonyme de l’instabilité, des menaces et des fins annoncées auxquels tout empire doit faire face ?

La gueule béante, mâchoire grande ouverte,  il semble se diriger vers – pointe d’humour autant que message capillotracté – un bicorne napoléonien de 5 mètres. Placé là, entre les containers, à plus de 20 mètres de haut, le chapeau de la bataille d’Eylau forme un arc de triomphe improvisé. L’Empire militaire autant que politique du Général Corse, prend donc la troisième place dans cette installation qui tourne à la farce.

Le public sourit, émerveillé devant les 1000 tonnes que pèse l’installation, abreuvé des dizaines de nombres qu’assène le guide. 60 ouvriers mobilisés pendant 11 jours 24 heures sur 24, 12 millions de containers circulent chaque année, 586 pièces d’aluminium ont été nécessaires, 350 containers du monde entier, bicorne de 12 mètres de long et 5,5 mètres de haut, le serpent seul fait 133 tonnes, ouverture jusqu’à 22h, 10 euros l’entrée, 5 en tarif réduit. Des chiffres, beaucoup de chiffres. L’impératif rationnel du nombre, de la quantification, du résultat, semble s’être posé comme un voile sur la nef du grand palais.

Monumenta est bien monumentale dans sa réalisation plastique et esthétique, une réussite en matière de gigantisme et d’occupation de l’espace. Mais malgré ces qualités formelles, on reste malgré tout déçus par la pauvreté du fond. Le corpus symbolique mobilisé, bien que cohérent avec l’objectif d’un large public, ne soulève que peu de choses, une vision économique et historique des enjeux de pouvoirs au cœur de la notion même d’Empire, certes, mais un constat courant et sans apport particulièrement novateur.

Monumenta est à découvrir au Grand Palais jusqu'au 18 juin.


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