Expo : Gus Van Sant / Icônes

By: Marie Fouquet | Date 04.05.2016
La Cinémathèque honore Gus Van Sant au travers d'une première rétrospective française qui lance cette nouvelle saison printanière sur un air des Velvet Underground et sous le signe très en vogue des nineties.
DR
« L'exposition est un contrepoint de la rétrospective » explique Mathieu Orléans, collaborateur artistique de la Cinémathèque, lors de la première conférence organisée autour de l'événement. À partir de la figure emblématique du cinéma des années 1990 qu'est Gus Van Sant, l'espace se fragmente en diverses salles thématiques et disciplinaires interconnectées ( photographie, cinéma, dessins, peintures et musique ). Ainsi débute l'exposition : une série de Polaroïds des années 1980-1990 que le réalisateur alimentait au fil de ses castings, captures des visages qui marquent encore la scène cinématographique contemporaine de leur présence, de leur absence ou de leur surprenante carrière : Keanu Reeves, Nicole Kidman, les acteurs de Twin Peaks, River Phoenix ou encore Ben Affleck. Gus Van Sant met en valeur des portraits mis au point dans un décor incertain et flottant. Le motif de la route, du marginal fortuné ou malchanceux ou encore celui de la jeunesse – et de ce qui se rapproche de la pureté telle qu'elle s'exprime dans la peinture classique, avec un physique pâle et la blondeur d'un chérubin – sont autant d'obsessions qui traversent également les nombreux dessins à l'aquarelle du cinéaste, marqués par les traits d'Elisabeth Peyton ou David Hockney.

Influences cycliques

Comme toile de fond, une lecture générationnelle : un lien évident du cinéma de Gus Van Sant avec l'héritage laissé par la Beat Generation et ses acteurs emblématiques (Allen Ginsberg, Brion Gysin, Neal Cassady ou encore Jack Kerouac). William Burroughs, « chef de file » du mouvement, ne manque pas d'apparaitre dans les films de Gus Van Sant, où il semble jouer son propre rôle, à chapeau et à lunettes, annonciateur de « mauvais présages » (Even Cow girls get the blues) ou comme prêtre halluciné rencontré au sein d'un groupe de soutien contre la toxicomanie (Drugstore Cowboy). En somme, une sorte de père affilié aux jeunes générations alors en cours et à venir. Dans la même veine, la musique témoigne souvent davantage des sonorités qui caractérisent les années 1960 que de celles de l'époque censée être représentée, comme dans Last Day, où le morceau phare, « Venus in furs », est signé Velvet Underground. Pourtant Gus Van Sant est aussi réalisateur de clips pour différents musiciens de son époque. Parmi eux David Bowie avec son célèbre « Fame '90 », les Red Hot Chili Peppers pour « Under the bridge » et aussi étrange que celui puisse paraître, le trio adolescent Hanson pour leur clip « Weird ». Car les années 1990, c'est aussi l'ère du foisonnement des clips incongrus et des boys bands, une ère où l'image commence sérieusement à prendre le pouvoir sur la scène artistique et médiatique. Or les trois jeunes chanteurs s'accordent parfaitement à la mythologie Van Sant du jeune homme blond aux allures angéliques, au bord d'un précipice.

Constellation Gus Van Sant

La carrière du cinéaste américain n'a rien de linéaire et semble être le fruit d'une expérimentation continue entre différentes esthétiques et différents médiums. Aujourd'hui reconnu pour son importante filmographie et son regard singulier sur l'époque débordante d'une génération X en crise, Gus Van Sant est la figure de proue d'un milieu doublement influencé par l'héritage de la Beat Generation et par le post modernisme new yorkais. L'image de la constellation employée à plusieurs reprises au sein de l'exposition et en ses contours (en témoigne la page internet éponyme mise en ligne le 30 avril qui montre les connexions relationnelles et thématiques du cinéaste) n'est pas sans rappeler le titre « Dreamachine cinéma » que portait la conférence précédemment citée et qui évoque les œuvres génératrices de visions transcendantales créées par Brion Gysin et Ian Sommerville. Tel ses portraits en Cut-up (2010) réalisés grâce à un assemblage de Polaroïds issus d'une technique de collage qui appartient initialement à l'art pictural et littéraire, Gus Van Sant est un cinéaste animé par de multiples appréhensions de l'image. De son premier film, Mala Noche, réalisé en 1985 à Harvey Milk en 2008 en passant par Drugstore Cowboy (1989), Will Hunting (1997) ou encore Elephant(2003), on lui connaît plusieurs temps de radicalisations paradoxales, tels l'expérimentation et l'observation contemplative d'un côté, et le consensus populaire hollywoodien de l'autre. Entre les deux, une exploration de la rêverie et de la lenteur qui contraste avec le montage en plans uniques et saccadés de ses premiers films. Il est aisé pour un public contemporain de remarquer l'extrême modernité de la complexité cinématographique de Gus Van Sant, qui n'a pas tranché entre les disciplines et les mouvements mais les a au contraire réunis dans ses films, à l'image de l'intermédiation qui caractérise les arts contemporains.


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