Expo : « Un art pauvre »

By: Emmanuelle Le Cadre | Date 16.06.2016
Mise en lumière d’une partie de la riche collection du Centre Pompidou, cette exposition s’attache à réactualiser l’Arte Povera, mouvement artistique né dans les années 1960, dans l’Italie de plomb.
Le penne di Esopo


Une réactualisation d’œuvres nées dans un contexte particulier

L’Arte Povera ou l’art pauvre naît dans une Italie qui vit alors des années noires de conflits sociaux et politiques, et touche toutes les disciplines artistiques. En s’inspirant du « théâtre pauvre » de Jerzy Grotowski, Germano Celant, critique d’art, établit en 1967 le concept d’« arte povera » pour évoquer la création de quelques Italiens dont Alighiero Boetti, Luciano Fabro, Mario Merz, Pino Pascali, Michelangelo Pistoletto et l’artiste grec Jannis Kounellis. C’est le premier manifeste qui annonce le mouvement artistique. Le second, plus matériel et physique celui-ci, — mais tout aussi intellectuel —, est le Manifesto d’Alighiero Boetti, qui, aux côtés de signes abscons, dresse la liste de noms d’artistes du mouvement. Ceux-ci se rejoignent sur certains principes dont la simplicité du geste créateur (et le retour à un certain archaïsme), la matière dépouillée (naturelle ou de récupération), et une opposition à l’art américain, notamment au Pop Art, dans leur rejet catégorique du système de l’industrie culturelle.

Deux entrées sont possibles à cette exposition : Boetti et son Manifesto, ou Mario Merz, l’artiste le plus âgé du mouvement, et son œuvre Girasole, métaphore de l’énergie inhérente à la matière (que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres) et de la croissance organique ; symbole, donc, de la vie. C’est d’ailleurs ce qu’interroge principalement la majorité des artistes de l’Arte Povera : la vie, dans ce qu’elle a de plus élémentaire. Germano Celant parle ainsi de « déculturation de l’art ». Mais dans les deux cas, le spectateur se trouve, au début de son parcours, face aux pionniers du mouvement, ceux qui, comme Manzoni et ses Achrome (tableaux prônant l’absence de peinture, de couleur, de style), ont entrepris une rupture avec la conception et les finalités traditionnelles de la pratique artistique, et ainsi, élargi le champ des possibles de la création.

Une exposition de diversités

Selon le commissaire Patrick Javault, le principal objectif de l’exposition est de dégager l’intensité de ce mouvement sur une décennie : 1964-1974 (avec quelques exceptions), ainsi que les fines connexions entre des artistes très différents. La plupart affectionne les qualités intrinsèques (l’éphémère, le périssable...) de matériaux naturels ou manufacturés faisant partie d’un quotidien banal, prosaïque, comme le bois (Penone), les végétaux (Anselmo), la laine (Kounellis). Beaucoup d’artistes sont également préoccupés par toute modification sensible de l’œuvre par son environnement, celle-ci étant alors considérée comme variable.

La galerie 4 du Centre Pompidou présente de multiples médiums : peinture, sculpture, installation, photographie, vidéos, mais l’exposition ne se limite pas à ces deux salles. Car, « l’attitude pauvre » touche toute création. Ainsi, elle s’étend au niveau 5 du musée avec la présentation « Autour de Global tools » (1973-1975), contre-école à l’origine de la mise en place d’une nouvelle anthropologie de l’architecture et du design pour repenser l’espace social et politique. « L’art pauvre » convoque également le cinéma, la danse, la performance et la musique (dans le cadre du festival de l’IRCAM) immergeant ainsi tous les espaces du Centre Pompidou.

Finalement, l’événement, dans sa totalité, permet de souligner l’absence d’une ligne directrice unique tant dans la théorie que dans l’esthétique du mouvement. Ce premier se déterminant plutôt par sa diversité et la particularité de sa constitution : non par l’intermédiaire d’une adhésion des artistes mais par une certaine émulation entre ces derniers, née à la croisée des mondes artistique, culturel, social et politique de l’époque.

L’exposition « Un art pauvre » est à découvrir au Centre Pompidou jusqu’au 29 août.


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