Expo : AMADEO DE SOUZA CARDOSO

By: Nathalie Troquereau | Date 02.05.2016
C’est l’histoire d’un peintre, reconnu de son vivant mais tombé dans l’oubli juste après. Le Grand Palais opère la réhabilitation nécessaire d’une œuvre plurielle et profonde.
Amadeo de Souza-Cardoso, Lévriers, 1911 Huile sur toile, Portugal, Lisbonne Fundação Calouste Gulbenkian - Centro de Arte Moderna José de Azeredo Perdigão © Collection CAM/Fondation Calouste Gulbenkian. Photo : Paulo Costa
Deux temps, deux espaces

Le portugais Amadeo De Souza Cardoso n’a pas eu le temps de se répéter. Né en 1887, il meurt à trente ans de la grippe espagnole. Il aura embrassé toutes les inspirations artistiques et avant-gardistes de l’époque sans jamais s’y affilier. Amadeo nait à Manhufe, un village niché entre montagnes et forêts. Des paysages qui hanteront ses toiles durant toute sa période de création, laquelle oscille sans cesse entre la France et son pays natal. Les historiens de l’art découpent d’ailleurs son œuvre en deux grandes périodes (aux subdivisions multiples) : l’époque de Paris et le retour à Manhufe. À Paris, il s’imprègne de l’émulation artistique qui bout à Montparnasse et fait des rencontres déterminantes comme celles de Modigliani ou de Delaunay. À Manhufe, il retrouve la nature libre et mystérieuse qu’il ne cessera de représenter, sous des formes bien différentes.

Nature passée et future

Inspiré autant par le futurisme que le cubisme, fasciné par l’art de l’estampe japonaise mais aussi par le monde médiéval, il donne à ses toiles une familiarité aux codes brouillés. Ce qui lui appartient de manière évidente est son maniement des couleurs, au service d’une tendresse particulière pour la nature et le monde animal. Amadeo conçoit même l’art comme « un produit émotionnel de la nature ». Ses Lévriers en témoignent. L’échine des deux chiens ressemblent à des collines ardues, dont les lignes viennent trancher un soleil couchant qui brûle. Leurs têtes nobles semblent fixer un horizon lointain et invisible. Un étrange mélange de vigilance et de sérénité se dégage de la toile, aux couleurs puissantes et aux lignes pures, dont les variations indiquent la richesse tacite de la nature. Il y a aussi ses Paysages avec oiseaux, dont l’esprit, bien que très japonisant, reprend la même émotion que celle des lévriers. Amadeo décline le motif de la chasse, propre à la nature. Il peint des chevaux en toute circonstance, qu’ils soient montés par un destrier d’antan ou en compétition avec les voitures modernes qui représentent le progrès technique, cher aux futuristes.

« J’ai plus de phases que la lune »*

Amadeo étudiera le cubisme de près, ou bien les corps de femmes en se moquant des proportions, comme un certain Modigliani. Il réalise l’album « XX Dessins », tous à l’encre de Chine, où l’univers du conte se mélange aux batailles de Don Quichotte. Ses penchants médiévistes s’expriment pleinement lorsqu’il crée un manuscrit entièrement calligraphié au pinceau et enluminé de « La légende de Saint Julien l’Hospitalier et les héros de la littérature » de Flaubert. Le musée s’est doté de cet exemplaire unique de 1912. L’artiste touche aussi à la photographie, nouvelle sensation artistique et technique. Il documente le village si cher à son imaginaire par des clichés de paysages. À la fin de sa courte vie, Amadeo s’attache à exhumer les légendes populaires de son pays, les transformant en nouveau support de recherche picturale. Les mots pénètrent peu à peu les tableaux et fusionnent avec les autres éléments. Vers 1916, il continue la peinture mais s’adonne en même temps aux collages. On a quitté depuis bien longtemps les lignes pures des débuts au profit d’un fatras d’idées, de techniques, d’objets représentés et de mots enchevêtrés. Après l’ordre de la nature, le chaos de la recherche et la profusion des formes arrivent. Mais Amadeo meurt, et son élan vers de nouvelles perspectives reste à jamais avorté. La lune s’est éteinte.

*citation d’Amadeo De Souza Cardoso

L’exposition Amadeo de Souza Cardoso est à découvrir au Grand Palais jusqu’au 18 juillet.


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