Expo : Nobuyoshi Araki

By: Emmanuelle Le Cadre | Date 27.04.2016
Le Musée Guimet présente actuellement la première grande rétrospective en France de l’œuvre de Nobuyoshi Araki (né en 1940), figure incontournable de la photographie japonaise.
Copyright Mnaag
La photographie comme journal intime

Adulé dans son pays, encore trop peu présenté en Europe, Araki est connu pour son franc-parler et ceci s’exprime dans ses clichés souvent très crus. Comme le dit l’artiste, « photographier est avant tout une façon d’exister ». Il n’existe pas de frontière entre son art et sa vie, l’appareil étant comme une extension de lui-même. Et l’album photo comme son journal intime. L’exposition s’ouvre d’ailleurs sur un étalage de 460 ouvrages de photographies que l’artiste a publiés.

Cette idée de profusion clame sa présence tout au long de la scénographie présentant des images de grande taille et des polaroids plus intimes dans un grand déploiement à l’horizontal, à l’instar d’une lecture d’un rouleau ancien, disant ainsi l’abondance et surtout l’incessante activité créatrice de l’artiste qui fonctionne généralement par séries. La première présentée est une de ses plus connues : celle des fleurs, photographiées pour leur beauté intrinsèque mais aussi et surtout pour leur suggestivité. Ce sont des fleurs-organes génitaux, des fleurs symboles érotiques ou emblèmes sexuels que nous donne à voir l’artiste.

Mais les premières fleurs qu’Araki photographie au début de sa carrière sont à l’opposé de cette vitalité : ce sont des fleurs de cimetières, des higan bana. Thanatos étant intimement lié à Eros, ces sujets reviendront sous le signe du deuil lorsqu’Araki photographiera en 1990 le corps sans vie de sa femme Aoki Yōko, dans son cercueil entouré de fleurs. Yōko est la muse et le personnage central de la création d’Araki. La série fondatrice de son œuvre « Voyage sentimental » (1971) retrace d’ailleurs leur voyage de noce, dévoilant les moments les plus intimes du couple. Araki commence ainsi son journal photographique, captant les moindres détails de son quotidien.

Dualité des clichés 

Mais c’est un quotidien souvent subversif que le photographe dépeint. Le mot tabou ne faisant pas partie de son vocabulaire, aucun sujet n’est prohibé, et surtout pas ceux qui, dans la société nippone à l’apparence pudique sont passés sous silence ou cachés dans des coins obscurs. L’exposition se poursuit donc avec les séries les plus provocatrices, celles de femmes nues et ligotées. Photographe moderne mais s’inspirant des traditions japonaises, l’artiste détourne ici une coutume d’un art martial ancestral, le hojôjutsu, consistant en un ligotage des corps devenu par la suite érotique. Araki esthétise ce liage des corps qui, d’après l’expression des visages des femmes, ne provoque aucune sensation de plaisir, d’humiliation ou de torture. De petits jouets en plastique, généralement des dinosaures ou autres reptiles (la forme animale n’étant sans doute pas anodine), sont fréquemment présents dans le cadre, posés là comme écho ou bien un contrepoint à l’image centrale : rappel du jeu, du factice, de la mise en scène.


La poésie ressurgit au sein d’un collage de multiples polaroids de ciels, réceptacles du néant provoqué par la disparition de sa femme, à la fois vides et pleins de présence et d’absence. La mort encore, mais cette fois-ci, c’est celle de l’artiste-même qui jaillit d’une petite salle beaucoup plus sombre que les précédentes, à la blancheur éclatante. La série « Tokyo-Tombeau », réalisée spécialement pour l’exposition, se conçoit en effet comme une œuvre testament d’un artiste malade et vieillissant mais qui, ne cessant de créer, rêve déjà des images qu’il pourrait réaliser après sa mort. Le parcours se clôt de manière plus plastique à travers des photographies calligraphiées ou peintes selon l’humeur et les événements de la vie d’Araki, déplaçant par là-même les limites de son medium artistique.

Artiste avant-gardiste donc, mais également ancré dans l’histoire japonaise. Le choix du lieu pour accueillir cette exposition, le musée Guimet, est en cela pertinent. Car, à travers ses collections de photographies et de livres anciens relatant les traditions nippones, il nous offre une mise en parallèle éclairante des sources d’inspiration de l’artiste et de sa création. Les séries au motif répétitif se succédant, le visiteur pourra y ressentir une certaine lassitude mais la scénographie intelligente allège un possible étouffement par un accrochage fluide de clichés à la fois subversifs, compulsifs et poétiques.

L’exposition « Nobuyoshi Araki » est à découvrir au musée Guimet jusqu’au 5 septembre.


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